Affaire Aziz : Isselkou Ould Ahmed Izidbih au palais. Pour jeter de l’huile sur le feu ?

jeu, 10/29/2020 - 11:24

Le 20 octobre le président Mohamed Ould Ghazouani recevait au palais présidentiel, l'ancien ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Isselkou Ould Ahmed Izidbih à la fois démissionnaire et relevé de ses fonctions diplomatiques.

L’information portée à notre connaissance par le journal en ligne Al-Akhbar affirmait que cette rencontre a été décidée avec l’aval de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui, toujours selon la même source, aurait tenu la veille « un tête-à-tête » avec Ould Izidbih son « confident » du dernier carré des proches qui lui restent fidèles.

L’information publiée par nos confrères qui a fait l’objet de nombreuses spéculations et de nombreux commentaires semblait vouloir affirmer que les deux réunions, la première tenue avec Mohamed Ould Abdel Aziz la veille, et la seconde, tenue le lendemain avec Ould El Ghazouani lançait des pourparlers entre l’ancien chef de l’état et le nouveau pour mettre fin à une enquête qui fait chaque jour de nouvelles découvertes économiques « macabres » liées à des actes, de corruption, de pillages et des fraudes fiscales.

Il est difficile de croire que le va-et-vient de l’ancien ministre des affaires étrangères, (limité pour le moment à un aller et retour), lance des pourparlers dans les deux camps. D’abord parce que si pourparlers il devait y avoir, Isselkou Ould Ahmed Izidbih n’est pas vraiment bien placé pour conduire ces pourparlers. Poids « léger » dans la diplomatie de « rapprochement », cet ancien diplomate avait décidé son « ralliement » avec Ould Abdel Aziz en bousculant les bonnes mœurs et les bonnes coutumes habituellement appliquées comme règle au sein de la mouvance présidentielle.

Il s’est vendu aux « enchères » et n’est pas passé par quatre chemins pour accuser le régime actuel de partialité et en crachant sur la légitimité et la crédibilité de la commission d’enquête parlementaire. Isselkou Ould Ahmed Izidbih, selon certains critiques du milieu politique, n’est désormais qu’un satellite politique en « perdition », lancé en orbite au mauvais moment, au mauvais endroit à partir d’un pas-de-tir à haut risque sécuritaire. C’est pourquoi certains sont allés jusqu’à parier sur sa désintégration rapide et sa chute sur un endroit qui pourrait être peut être même la cour d’un pénitencier.

Il est difficile aussi de croire que Ould Abdel Aziz qui, dix ans durant, n’est jamais entré une seule fois en conflit avec son propre orgueil, irait jusqu’à se « rabattre » pour tendre une main suppliante et implorante au nouveau chef de l’état maintenant sa « bête-noire » pour mettre fin à cette procédure.

Né sous la bonne étoile de l’enrichissement « illicite », illimité et ininterrompu, Ould Abdel Aziz, cet ancien général n’a pas été selon ses propres propos « mis au monde pour perdre ». C’est un battant qui préfère « mourir » les armes à la main que de se rendre à ses ennemis. Cela s’appelle chez nous El Moughawama.

Enfin, il n’y aura pas de pourparlers simplement parce que Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, amis de très longues dates n’ont vraiment plus rien à se dire même si, pourtant, il est de leur intérêt réciproque de « tout se dire ».

Rien donc ne va plus vraiment entre ces deux généraux qui se sont « créés » et « forgés » mutuellement et solidairement dans une complicité de générations additionnées. Les souvenirs de « jeunesse » des écoles militaires, les « parcours du combattant » qu’ils ont franchis ensemble la main dans la main après « cette véritable arnaque » des malles de « Ghanagate », la fermeture de leur œil pour le renversement de Ould Taya, le holdup up du pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, la complicité dans l’ étouffement de l’affaire de la « balle de Toueila », la libre circulation des « personnes et des biens » qui est à l’origine de l’ouverture de cette enquête judiciaire qui fait des tâches et des vagues, toutes ces étapes de l’amitié d’une demie-décennie, ont laissé place maintenant à une guerre fratricide qui peut être, avec l’envoi de l’émissaire Ould Izidbih au palais va tourner à une rupture totale et définitive des relations entre les deux hommes.

Il est donc fort probable que l’ancien Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en Italie (qui en définitive n’a présenté ses lettres de créances qu’au domicile de Ould Abdel Aziz ici à Nouakchott), ne soit pas venu au palais pour négocier un « arrêt » de poursuites contre l’ancien président. Il est peut être venu porteur d’un message grave dont la teneur ne sera jamais révélée.

Ceci est d’autant probable qu’un démenti apporté par le porte parole de Ould Abdel Aziz est venu mettre les choses au clair le jeudi 22 octobre. Mohamed Djibril, certainement, par voix autorisée, a révélé sur sa page FB « que l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz n’est demandeur d’aucune médiation avec son successeur et ami de quarante ans ».

Par contre, et au vu de ces éléments, si l’on décortique les différents messages « codés » que Ould Abdel Aziz a envoyé de temps en temps à Ould El Ghazouani par différents canaux, on peut bien se demander si l’ancien président n’a pas par l’envoi de son émissaire, averti le nouveau président des risques que ce dernier court si il n’était pas mis un terme à cette « chasse » à l’homme qui le cible personnellement, les membres de sa famille et certains de ses proches.

Isselkou Ould Ahmed Izidbih, celui qui n’a pas froid aux yeux et qui se croit libre de dire tout ce qu’il veut à qui il veut, quand il veut, serait-il venu dire à Ould Ghazouani qu’ « un homme averti en vaut deux » ?

C’est probable. Ould Abdel Aziz n’a-t-il pas dit lui-même, au cours de sa première conférence de presse, « si les enquêteurs savaient l’histoire de ces véhicules, il n’auraient pas pris les images ». Et, n’avait t’il pas dit plus tard et dans un autre entretien avec la presse au sujet du scandale Ghanagate : « C’est une véritable arnaque qui concerne un cousin à l’actuel président, et dont j’ai supporté seul les conséquences » ? Et enfin n’a-t-il pas dit devant les caméras du monde entier : « l’actuel président connait l’origine de tous mes biens » ?

Aziz serait t’il donc entrain de réagir comme le loup d’Alfred de Vigny ? Par le chantage au plus haut niveau ? Ou bien le général à la retraite serait-t-il sur le point de lancer une offensive de la dernière chance ?

Tout cela est bien possible. Possible d’autant plus que Ould Abdel Aziz, n’est pas fou au point de défier tour à tour les parlementaires, les policiers de la criminelle et maintenant le parquet, si il ne tenait pas entre ses mains des moyens de défense sous forme d’armes de destruction « individuelles » et peut être même « massives ».

Lors d’une conférence de presse tenue alors qu’il était encore au pouvoir, l’ancien président avait dit au sujet des membres de la commission d’enquête parlementaire : « ils veulent enquêter ? Qu’ils enquêtent. Nous les connaissons tous et nous avons un dossier concernant chacun d’eux. »

Des menaces donc à peine voilées. L’ancien Chef de l’Etat qui qualifie les poursuites judiciaires dont il fait l’objet, de « ciblage politique » pour attenter à sa réputation, ira-t-il jusqu’au bout en mettant ses menaces à exécution ? Et ces « dossiers » qu’il évoque existent t’ils vraiment et sur quoi portent-ils ?

Des écoutes téléphoniques ? Des preuves matérielles d’implication de certains dits « intouchables » dans des affaires de pillage ou de gabegie ? Le temps nous dira.

Après tout, même si ces dossiers existent vraiment à quoi peuvent-ils servir à l’homme « traqué » par les preuves accumulées d’une enquête sur une affaire "très compliquée" comme il l’a dit lui-même ? Rien. Rien je pense, simplement parce que ces éléments ne seront jamais versés au dossier de poursuite de cet homme qui s’entête à ne pas vouloir expliquer les origines de tous ses biens avant de se tenir à la barre de la Haute Cour de justice.

Si donc Ould Izidbih est porteur d’un message qui n’est pas de tendance à calmer le jeu entre les « deux amis » qui n’ont plus rien à se dire, rien à se partager, même plus le respect réciproque, cela veut dire simplement que Ould Ahmed Izidbih est peut être un messager venu au palais avec pour mission de prêcher la « mauvaise parole ».

Et de toutes manières, une médiation qui pouvait aboutir n’est plus d’actualité. La justice qui s’est saisie de l’affaire en instruction préliminaire tournera dans quelques jours en plein régime. Difficile d’arrêter cette machine lancée par plus de trois millions de « chevaux DIN », ces mauritaniens tellement curieux de savoir comment cette histoire « rocambolesque » va se terminer.

We Salatou We Selam Ala Seyidina Mohamed. Bonne fête à tous.

Mohamed Chighali