L’HERITAGE CONFUS D’OULD ABDEL AZIZ.

ven, 10/11/2019 - 09:34

El  Hassan Ould Ely  l’ancien ADG de la Snim avait adressé  récemment à Ould El Ghazouani un rapport qui rend  compte de la situation de la SNIM.

Ce rapport  est parait-il revenu  sur les méthodes de pillage  mises en place au cours de  la période 2011-2015 et situe  certaines  responsabilités dans  la vente du fer par le biais d’intermédiaires. En agissant ainsi El Hassan Ould Ely  a  de fait remonté le temps pour révéler ces informations. Il porte à notre connaissance  des inconnues  «connues»  qui se sont produites  quatre ans avant son arrivée à la tête de la SNIM. Pourquoi ces révélations ?  Pourquoi ces révélations  maintenant  justement ?  Et pourquoi ces révélations portent-elles sur la vente de ce fer seulement ?  Le rapport  d’Hassan Ould Ely  se prononce sur  le divorce entre l’ancien ADG de la Snim et l’ancien président. Qu’est ce que donc  cache cette séparation d’amitié. Sans doute autre chose. Sinon il est inexplicable que ce responsable pourtant soumis au droit de réserve par ses lourdes responsabilités, très proche d’Ould Abdel Aziz ouvre des dossiers poussiéreux  qui datent  des années 2011-2015. Beaucoup de gens se demandent  pourquoi ce revirement spectaculaire de l’un des couloirs les plus empruntés par Aziz pour prendre des décisions sujets à polémique et qui très souvent suscité des remous. Difficile de répondre à cette question. Il est toute fois  évident que Hassan Ould Ely en déposant ce rapport   voulait  dénoncer la transaction qui a permit à des particuliers mauritaniens  associés à des ghanéens qui flirtent avec des australiens  de prendre possession de toute une réserve minière.  A mon avis l’ADG de la Snim  aurait eu plus à gagner s’il avait abordé ce sujet pendant qu’il était  d’actualité et pendant qu’il  agitait toutes les classes ouvrières et politiques de l’opposition. Quand l'opposition criait au scandale sur cette transaction douteuse effectuée dans des conditions opaques, où était  Hassan Ould Ely ce  responsable devenu consciencieux depuis juillet 2019 seulement ? Et pourquoi ce  responsable  cherche  maintenant  à  se disculper des agissements de ses prédécesseurs à une époque où il était lui ailleurs occupé  à manigancer avec d’autres intermédiaires la cession de l’exploitation d’une infrastructure de souveraineté nationale dont il était le premier responsable ?

Ce rapport présenté par Hassan Ould Ely nous rappelle simplement que la SNIM continue d’être  à l'origine de tous les problèmes des dix années de gestion d’Ould Abdel Aziz.Tout au début.  Quand Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait à l'époque rencontré des hommes d'affaires venus  négocier l'achat de certaines activités de la SNIM  un  plan ORSEC avait été  déclenché par des «maniganceurs»  pour l'écarter du pouvoir pour raison de « tentative de haute trahison » et pour le faire  remplacer par Mohamed Ould Abdel Aziz un putschiste en herbe qui avait à l’époque joué au risque politique.  Mohamed Ould Abdel Aziz a pris  le pouvoir comme le voulait la magouille du changement de régime et a dirigé le pays jusqu’au 21 juin 2019. Pour quel bilan ?  A vous de juger.  Mais je pense que ce qu'il faut retenir de toute cette histoire de la SNIM, c’est  qu’Ould Abdel Aziz a truffé la Présidence de la République de lanceurs d’alerte qui surveillent 24 heures sur 24 tous les mouvements et toutes les activités au niveau de la présidence. Ces lanceurs d’alerte de véritables micros récepteurs-émetteurs,  sont des responsables employés au palais qui sont  rompus aux activités d’espionnage et de contre espionnage d’état. Ils servent de systèmes de relai et d’alerte précoce. El Hassan Ould Ely en déposant un rapport aussi accablant  sur des décisions prises par le président  sortant a joué au risque. Maintenant il a appris à ses dépens que le risque peut être parfois grand. Avant même que son courrier ne soit mis dans le parapheur du nouveau Chef de l’Etat, les services de renseignements infiltrés dans l’administration du palais avaient soumis la lettre à la lecture de Ould Abdel Aziz en vacances en Turkye. Et sa réaction ne s’est pas fait attendre. Il a fait remplacer la pièce défectueuse du  système par une pièce « adaptable ».

Tout a fait normal.  contraint de laisser sa place  chassé du pouvoir par la  limite constitutionnelle  du nombre de mandats,  Aziz n’a pas quitté  ses fonctions  sans  avoir  sécurisé  ses arrières.  Pendant onze  ans  il a dirigé le pays  d’une main de fer politique, en mettant en place un système de dictature économique et financière  qui n’associait quelques fois  aucun de ses  collaborateurs aux  prises de ses  décisions. Mpeme pas son premier Ministre.  Il donnait  à ses ministres  des instructions à suivre ou des  ordres  à  exécuter  sans commentaires et sans avis à donner. Ce sont ces agissements qui  lui ont fait commettre malheureusement  des fois   des erreurs fatales  qui  parfois exposent     à des risques de poursuites certains de ses ministres,   de ses  proches collaborateurs  ou  certains  hommes d’affaires  prête-noms dont les entreprises  lui servaient d’écran de fumée.

Ould Abdel Aziz avait dit, persisté et  signé. « je quitterais le pouvoir, mais je ne serais pas loin et je continuerais à faire de la politique comme tout mauritanien ». Seulement voilà. Sa politique à lui  et sa  façon de  faire cette politique  avait même  déjà avant son départ,  commencé à agacer beaucoup de ceux   qu’il  utilisait   pour ses montages financiers occultes ou teintés de corruption. Maintenant qu’il n’est plus là  beaucoup poussent un ouf de soulagement. Et  on découvre enfin de compte  que  certains  ministres et certains directeurs des établissements  publics ou  parapublics  indexés comme responsables de la gabegie et du détournement ne sont en réalité que des victimes. Ils ont été utilisés par l’ancien président  comme négociants pour traiter ses propres affaires. Le président sortant  s’est enrichi par ministres  interposées, ses proches se sont enrichis par l’intermédiaire des dirigeants des établissements publics ou para publics, et ses hommes d’affaires de confiance se sont enrichis sur le dos des investisseurs et des bailleurs de fonds. Mais en fin de compte  toutes ces richesses,  par effet  boumerang,  sont revenues à leur  expéditeur en passant par leurs destinataires.

Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas mais que sans doute  l’actuel chef de l’Etat a compris   c’est que son prédécesseur lui a laissé en héritage de nombreux dossiers confus ficelés sur des scandales de nature pouvant même porter préjudice aux intérêt suprêmes  de la nation.   Mais Ould El Ghazouani a compris par ailleurs que Ould Abdel Aziz  a laissé aussi  derrière lui des proches collaborateurs  devenus de  véritables orphelins  exposés à des risques énormes de poursuites  alors qu’en réalité ils ne sont  pas responsables même de leurs propres agissements.

Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani était Chef des Etats-Majors des forces armées et de sécurité. Officiellement il était le responsable de ces forces armées. Mais dans la réalité et dans les faits il n’était qu’un général de division très bien payé,  assis dans un bureau climatisé, les galons sur les épaules qui n’avait  que très peu   de pouvoirs et de prérogatives. On mettait à sa disposition des équipements militaires, des minutions (achetés où et par qui pour combien il ne sait parfois pas),  des hommes, des  armes,  une très bonne logistique et un budget à peine suffisant  pour payer ses soldats et pour assurer un minimum de fonctionnement de son administration et c’est tout. Ce qui signifie qu’on lui demandait de se contenter de ce qu’il reçoit pour faire tourner sa grosse machine et de ne pas chercher à fouiner dans les affaires qui relèvent du «secret d’Etat». Ce secret d’Etat qui cache les malversations financières et les transactions opaques.

Quand il a été nommé ministre de la défense, il est venu à la tête d’un département véritable coquille vide comme tous les autres départements ministériels. Son rôle était de recevoir des officiels, de s’entretenir avec des missions, de gérer le quotidien des affaires banales et de fermer les yeux  sur le reste.

Durant les cinq dernières années du régime  d’Ould Abdel Aziz,  tous les ministres (sauf celui des finances, celui de la pêche et celui de l’industrie et des mines)  jouaient les rôles de ministres sans portefeuilles, sans pouvoirs  véritables et sans moyens. Certains d’entre eux servaient uniquement de  boite de résonnance ou   de croix de transmissions d’ordres qui viennent  d’en haut ou de l’entourage d’en haut.  Les secrétaires généraux des ministères, des commis de l’Etat très bien payés tournaient des machines au ralenti faute de  moyens. Parfois même pas un  moyen financier pour résoudre le plus petit problème de fonctionnement. Ils devaient se contenter de leurs salaires et des privilèges qu’ils ont  et exécuter les yeux fermés des ordres parfois tellement surprenants et tellement risqués.

Il y’a dans ce pays des responsables qui sont indexés comme étant le mal dont souffre la gestion de l’Etat, mais qui ne sont  en réalité que les véritables victimes d’une torture professionnelle et psychologique que leur infligeait  les responsabilités qui leurs sont  confiées. 

Le Président Ould Ghazouani est maintenant le Chef de l’Etat. Il est surveillé nuit et jour par des drones humains  invisibles,   des lanceurs d’alerte et il est  pris en otage par un système politique  extrêmement complexe où chacun connait tout de l’autre  et chacun tient en main des éléments  pouvant servir de moyens de chantage de l’autre.

 Si bien que le cas de  la Mauritanie ressemble  à tous points de vue à  celui de la République Démocratique du Congo. On a un président qui a été élu «démocratiquement »  par une majorité qui lui a été envoyée en renfort. Maintenant il  se retrouve face à une majorité de députés qui ne dépend pas de lui et qui exécute  obéit aux  instructions  du président qui a quitté le pouvoir.

Dans ce cas de figure qu’est ce qu’Ould Ghazouani peut faire ? Rien ou presque. Il est donc  d’abord obligé d’attendre  de comprendre la configuration du terrain sur lequel il a été largué par  parachute politique. Ensuite d’attendre  de pouvoir se positionner  par rapport à chacune des  forces centrifuges  qui l’entourent  c'est-à-dire   la majorité au pouvoir, ses propres électeurs,  l’opposition, la Société Civile, les Organisations internationales et la rue.

Dopé par une overdose de louanges, de chants à sa gloire et de soutiens au cours d’une campagne dans laquelle il a été injecté sans comprendre vraiment pourquoi, Ould El Ghazouani  a  maintenant du mal à se détacher d’une dépendance qui  lui coûte cher.  Donc, il n’a pas vraiment de choix. Soit,  il accepte la complicité qui lui a été imposée et qui l’a mit devant le fait accompli  pour  sortir  indemne du  piège qui lui a été tendu et dans lequel il est tombé.  Soit il se «rebelle» et  il refuse de composer  avec les porteurs de projets politiques qu’il  a hérités  de son prédécesseur et s’éloigne d’eux alors,  en ce moment,  le « BASEP » (Bataillon d’Appui et de Soutien de l’Ex-Président) est là pour lui faire comprendre « politiquement »  qu’il est en «période d’essai ». Ce qui rappelle de très mauvais souvenirs.

Mohamed Chighali.

Journaliste indépendant