Ahmed Samba, cadre APP, ancien candidat à la mairie et à la députation de Rosso : "Je serais candidat à la présidentielle si le président Messaoud parraine ma candidature au titre d'APP"

jeu, 02/14/2019 - 01:58

Le Calame : Les candidats à la présidentielle de juin prochain commencent à se faire connaître. Pourriez-vous nous  dire si vous maintenez votre candidature, annoncée dans les colonnes de notre journal, il y a plus d’une année?  Est-ce que votre parti, APP et son président qui pourrait ne pas candidater, si l’on en croit les informations rapportées par la presse, vous soutiendraient ?

 Ahmed Samba : J'ai passé ma carrière politique à apprendre les vertus de l'art noble sous les enseignements du Président Messaoud ould Boulkheir. J'ai toujours été fasciné par ce leader éclairé hors pair. Cet homme a façonné ma vie par son charisme, son honnêteté, son courage, sa loyauté et son grand amour pour sa patrie; et par son sens du sacrifice pour que règne la justice, l'égalité, et pour que s'enracine la démocratie dans notre pays. 

 Cet homme humble, désintéressé, dépourvu de toutes vanités pouvait être Président de la Mauritanie depuis longtemps s'il avait fait usage d'opportunisme politique, car plusieurs opportunités de briguer le pouvoir se sont offertes à lui par la rue, mais il les a toutes rejetées pour rester fidèle à ses principes, à sa morale politique qu'il ne cesse de répéter aux jeunes militants pressés, qui l'incitent à plus de radicalité dans ses prises de position. Il disait à ceux ci qui ne comprennent pas sa patience et la non violence de sa lutte, «je préfère endurer quarante années de lutte pacifique que de parvenir au pouvoir après une courte journée de guerre civile». 

 Quand, les leaders politiques de la place ont vu dans le "printemps arabe", la possibilité d'usurper le pouvoir par le soulèvement de la rue, et par la guerre civile; bien que Messaoud était le plus pressenti pour pouvoir profiter de ces circonstances, il se dressa contre les aléas de la révolte pour éviter au pays les dégâts qu'entraîne le soulèvement inconscient des masses quand elles se déversent dans la rue pour imposer le changement par la violence.  

 Messaoud ne peut pas être empêché de candidater car Messaoud est devenu une école; Messaoud est un courant politique, une morale, une voie de lutte, un projet de société.  Messaoud a dépassé la dimension de l'homme politique ordinaire pour avoir imprimé son nom dans le passé, l'actualité et le futur politique de ce pays. Son nom est inscrit parmi les grands dans l'histoire de ce pays. 

 Bien qu'empêché injustement,  Messaoud Boulkheir sera candidat, par la candidature qui il parrainera et qui prendra en charge dans son programme ses idées, ses principes et le projet de société de sa pensé politique. Ceci étant  dit, je voudrais préciser que la position finale du parti, relative à l'élection présidentielle est en discussion présentement par le Bureau Exécutif et elle sera connue dans les prochains jours. 

 Quand à mon éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2019, je serai candidat si le Président Messaoud Boulkheir parraine ma candidature comme candidat d’APP. Mon parti sera Inchallah présent à l'élection présidentielle prochaine par son propre candidat ou par le soutien d'un candidat externe. Je voudrais préciser que je maintiens  ma candidature si mon parti déciderait la participation à l'élection présidentielle par un candidat interne. 

 

-La majorité présidentielle miserait sur  l’actuel ministre de la défense, le  général  Ghazwani. Que vous inspire ce choix, après l’échec des manœuvres  appelant à un 3e mandat  pour le président Aziz ?

-Après l'échec de toutes ses tentatives pour briguer un troisième mandat, découragé, en plus, par le veto du Président Messaoud contre le troisième mandat, Mohamed Ould Abdelaziz, n'a plus de choix que de propulser son co-auteur putschiste Mohamed Ould Ghazwani. Les deux amis sont complices de la dégradation des conditions économiques et sociales qu'a connues le pays de 2008 à nos jours. 

 Cette  décennie de gabegie et de dictature à vu affaiblir le tissu social et l'unité nationale au point que le risque de la confrontation entre les composantes du pays plane au dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès, menace de nous trancher les gorges à tout moment. Ghazouani ne sera en rien différent d’Aziz, ce sont les deux faces  d'une même pièce  de monnaie dévaluée. 

À voir sa gestion catastrophique de l'armée, l'immense richesse qu'on lui prête, richesse issue du détournement des biens de l'armée nationale; à voir le caractère discriminatoire qui a émaillé le recrutement des élèves du collège et du lycée militaire; à voir les nominations de généraux et d'officiers supérieurs durant les dernières années, marqués par l'exclusion des officiers issus des couches vulnérable, Ghazouani n'est pas la personne qui peut délivrer le pays de la crise multidimensionnelle qui le gangrène depuis le coup d'état de 2008.

-Un militaire pourrait  remplacer  probablement un autre à la tête du pays en  juin prochain. Peut-on parler de  l’échec de l’opposition démocratique ou d’une démocratie piégée? 

-Si au bout de trois décennies de lutte contre la dictature militaire, l'opposition se trouve incapable de présenter, parmi ses leaders, des candidats ã l'élection présidentielle et qu'elle se trouve, en plus, condamnée à soutenir l'un des candidats issus du pouvoir, alors ne parlons pas d'échec car le mot serait très léger pour décrire la pâture.

 Plus grave encore! Si après avoir combattu les régimes militaire à  qui on a  fait porter la responsabilité de tous les problèmes du pays, et qu'on soit incapable de nous unir en bloc pour empêcher leur pérennité au pouvoir, qu'est ce qui peut justifier alors toutes ces années de lutte qu'on à passées dans la souffrance, la privation et l'exclusion? Pourquoi ne nous serions-nous pas résignés  aux militaires  dès le début pour nous éviter cette humiliation? Un militaire succédant à un militaire au pouvoir, l'opposition éclatée, assise dans l’expectative, c'est la pire fin d'un combat. 

 -Que pensez-vous  de la décision de l’alliance de l’opposition  électorale  de se donner un candidat unique ? Quelle évaluation vous faites de ses chances de gagner l’alternance démocratique ?

-Je ne suis pas au courant que l'opposition soit alliée pour se donner un candidat unique. Ou du moins, mon parti APP, n'a jamais été approché pour une telle initiative. Si vous vouliez parler de la COD, je pense que mieux vaut qu’ils partent en rangs dispersés, là chacun pourra faire le plein de voies dans son électorat pour  ainsi  favoriser l'avènement d'un deuxième tour. Je vous remercie.

Propos recueillis par DL

 

Le Calame