Sahel, l’auto satisfaction béate d’Emmanuel Macron

sam, 01/19/2019 - 10:01

A l’occasion de ses voeux aux forces armées, Emmanuel Macron s’est félicité des résultats obtenus par les forces françaises au Sahel. Au moment même où le Mali subissait une nouvelle fois une attaque terroriste de grande ampleur

Lors de ses voeux aux forces armées, Emmanuel Macron a déclaré: « Il faudra du temps pour rétablir la paix » dans cette immense zone désertique où « la gangrène islamiste » « s’insinue partout où sévissent la misère et le manque d’éducation. Nous ne faiblirons pas car il s’agit de l’avenir de l’Afrique et donc de notre propre avenir ». Et le Président français d’ajouter:« Les résultats sont là: de nombreux chefs et membres des différents groupes terroristes ont été mis hors de combat, leurs approvisionnements et flux logistiques ont été rompus, nous les avons bousculés dans les zones où ils se croyaient libres d’aller comme ils le voulaient ».

Ces déclarations triomphalistes de Macron ressemblent fort à celles d’un François Hollande persuadé en 2013 de vivre au Mali « le plus beau jour de sa vie politique ». Mais six ans plus tard, une telle auto satisfaction tombe particulièrement mal alors qu’une attaque djihadiste au Mali a encore provoqué la mord de plusieurs dizaines de Touaregs. Tout aussi grave, les liquidations de Peuls au centre du pays se poursuivent dans l’indifférence générale et avec l’appui tacite de l’armée malienne qui soutient parfois les raids des milices meurtrières. Le Malii n’est pas le seul touché par cette menace de guerre ethnique. Les Peuls apparaissent visés également au Burkina et en Centrafrique

On peut s’étonner du silence du Président français sur la question Peul qui mine l’avenir du Sahel de façon plus grave encore que les conflits ancestraux entre les Touaregs du Nord du Mali et la grande majorité de la population noire malienne.

La France, gendarme du Sahel?

L’opération Barkhane, menée par la France au Sahel depuis 2014, est forte actuellement de 4.500 militaires, qui mènent des opérations en soutien aux forces des cinq pays de la région (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad). Seul souci, les quelques 400 millions d’aides aux armées africaines ne parviennent qu’au compte goutte. Près d’un quart des fonds ont été attribués, et encore avec beaucoup de pertes en ligne en raison des commissions que les régimes en place prennent sur les contrats d’armement. A l’exception des Tchadiens, les forces armées de la coalition africaine semblent totalement impuissantes à combattre le terrorisme.

La France qui s’est voulue sous Hollande le gendarme du Sahel ne sait plus comment sortir d’un terrible guépier. La présence française mobilise en effet des moyens très lourds. La force Barkhane comprend en effet 4500 soldats français présents en permanence sur le terrain-ce qui équivaut à au moins quatre ou cinq fois plus si on comptabilise les rotations et la logistique nécessaires pour assurer une telle permanence.

L’alternative pour Emmanuel Macron est redoutable. Soit l’armée française se retire rapidement, et le Sahel risque fort de s’embraser. Soit la France maintient son effort militaire, et le budget français qui peine à retrouver un équilibre, restera plombé longtemps par cette charge considérable.

Mondeafrique