Maroc : à l’occasion du 43e anniversaire de la Marche verte, le roi Mohammed VI tend la main à l’Algérie

mer, 11/07/2018 - 20:27

Dans son discours commémorant le 43e anniversaire de la Marche verte, le roi Mohammed VI a proposé « la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation » avec l'Algérie

Un geste fort, qui survient à quelques semaines de la reprise de pourparlers inclusifs sur le Sahara occidental. Entre le renouvellement du mandat de la Minurso, la mission onusienne au Sahara occidental, le 31 octobre, et une rencontre prévue à Genève les 5 et 6 décembre entre le Maroc, le Front Polisario, la Mauritanie et l’Algérie, le roi Mohammed VI a décidé de tendre la main à son voisin de l’est. 

Dans son traditionnel discours de la Marche verte, mardi 6 novembre, il a ainsi proposé « la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation ». Et le souverain d’affirmer : « Nous réitérons notre engagement à œuvrer main dans la main avec nos frères en Algérie ».

À quelques semaines de la rencontre sous égide onusienne à Genève, Mohammed VI met en garde : « Le Maroc est (…) persuadé de la nécessité que (…) les Nations Unies tirent parti des leçons et des expériences du passé, et évitent notamment les blocages et les insuffisances qui ont entaché le ‘Processus de Manhasset’».

En 2007, sous houlette onusienne déjà, le Maroc et le Front Polisario avaient entamé des discussions dans cette localité de l’État de New York. La diplomatie marocaine a souvent considéré qu’Alger devait assumer son rôle dans les négociations, à la hauteur de celui qu’elle joue dans le conflit. Pour Rabat, le Front Polisario ne peut être son seul interlocuteur. Or, à Manhasset, les Algériens n’étaient présents qu’en observateurs. La résolution 2 440 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en octobre 2018, cite l’Algérie comme un acteur de la crise et de sa possible résolution.

« Le discours est bien un préalable à la rencontre de Genève », admet une source diplomatique marocaine, sous couvert d’anonymat. Le politologue Mustapha Sehimi, qui suit de près ce dossier, estime également que cette allocution est à analyser dans le contexte d’un nouveau chapitre des négociations. Jeune Afrique apprend d’ailleurs qu’en parallèle, le Maroc mène des discussions et tente de s’assurer auprès de Horst Köhler, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, que le niveau de représentation algérienne à Genève sera à la hauteur.

2 à 3% du PIB perdu chaque année

Les discours de Mohammed VI sont inégalement reçus de l’autre côté de la frontière. Particulièrement ceux prononcés à l’occasion de l’anniversaire la « Marche verte » de 1975, qui commémorent la récupération par Rabat du Sahara occidental espagnol. Dans son intervention de 2012, le roi avait déclaré qu’il refusait « que le sort du Sahara soit tributaire des calculs et des basses manœuvres des autres parties ». L’année précédente, il avait a contrario insisté sur le besoin d’ouverture. Chaque allocution est ainsi liée aux circonstances du moment où elle est prononcée.

Le coût de la non-intégration au Maghreb, dont la fermeture de la frontière terrestre depuis 1994 entre le Maroc et l’Algérie est un symbole, est souvent estimé par différentes personnalités ou institutions entre 2 et 3% du Produit intérieur brut (PIB) des économies régionales.

« Si le Maroc et l’Algérie avaient honoré leur engagement de 1989 pour former une Union économique avec la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, ils seraient parmi les économies les plus importantes du monde arabe et du Moyen-Orient », écrivait en 2017 l’hebdomadaire britannique The Economist, citant un rapport de la Banque mondiale.

Par Jules Crétois 

 

Jeune Afrique