Trois Questions à Mohamed Vall Handeya, président du Manifeste des Haratine : ‘’Nous avons tant combattu pour faire adopter cette journée du 29 avril par notre peuple, y compris contre ceux qui nous la disputent aujourd’hui’’

sam, 05/05/2018 - 05:15

A l’occasion de son 5ème anniversaire, la tendance du MANIFESTE que vous présidez, a organisé une marche partie du carrefour Madrid au carrefour de la Foire. Quelle évaluation vous faites de cette sortie ? 

Mohamed Vall Handeya : Tout d’abord, nous n’avons pas organisé la seule marche partie du Carrefour Madrid mais aussi celle qui s’est ébranlée à partir du carrefour du château d’eau d’El Mina. Toutes ces deux marches ont convergé vers la place de la Foire Nationale où s’est tenu un grand meeting populaire, rassemblant toutes les franges et composantes nationales. 

Je remercie à cette occasion toutes celles et tous ceux qui se sont donnés la peine de nous honorer de leur présence en cette journée mémorable pour laquelle nous avons tant combattu pour la faire adopter par notre peuple, y compris contre ceux qui nous la disputent aujourd’hui. 

La grande affluence de nos concitoyens, venus de leur propre gré, bravant toutes les difficultés, parcourant parfois de longues distances à pied faute de moyens de transport, a été pour nous un grand motif de satisfaction. 

Cette commémoration a suscité un grand élan de solidarité avec la cause et la prise de conscience se répand désormais comme une trainée de poudre. Nous espérons bien que ce nouvel élan atteindra dans les plus brefs délais tous les coins et recoins du pays. 

Je profite de l’occasion pour rendre un vibrant hommage à nos coordinations qui ont réussi une commémoration éclatante dans les villes pionnières à l’intérieur du pays : à Zouératt, Atar, Nouadhibou, Kiffa, Rosso, Rkiz en plus d’autres villes où la tentative de commémoration n’a pas pu se concrétiser pour une raison ou une autre.

Je suis aussi très fier, à cette occasion, de vous dire que le MANIFESTE pour les droits des Haratine a su préserver son indépendance par rapport aux tiraillements des forces politiques et s ‘est maintenu dans sa ligne de mouvance sociétale, ouverte à toutes les forces vives de la société mauritanienne, sans considération aucune pour leur appartenance ethnique ou communautaire, leur orientation politique ou idéologique.

La couverture médiatique de l’évènement a été loin d’être objective. Les médias d’Etat nous ont royalement ignorés et se sont intéressés aux autres. Les médias privés n’ont pas pu ou su assurer une couverture objective de l’évènement.v Les réseaux sociaux ont donc été notre seul recours pour éclairer l’opinion. Je ne peux laisser passer cette occasion sans vous signaler mon inquiétude quant à certaines tentatives de récupération politique… D’une part, le pouvoir ne ménage aucun effort pour torpiller notre action en suscitant les divisions et les défections tout en encourageant l’émergence d’une myriade de petits groupuscules disparates et parcellaires dans le but d’empêcher tout ralliement à une stratégie de lutte commune. 

D’autre part, certains partis de l’opposition semblent avoir choisi leur camp. Ils contribuent ainsi à accentuer nos divisions et veulent apparemment vassaliser une certaine tendance du MANIFESTE des Haratine afin d’en faire une sorte d’appendice ou d’excroissance.

C’est regrettable. Je lance un appel pressant aux uns et aux autres de s’éloigner de l’exploitation politique de notre mouvement et de nous laisser en dehors de leur turpitude et de leurs manœuvres politiques ou politiciennes.

Dans l’avenir, nous les jugerons à l’aune de leur prise en compte de nos revendications publiées depuis plus de cinq ans dans le document du MANIFESTE pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratine au sein d’une Mauritanie unie, égalitaire et réconciliée avec elle-même.

Nous considérons que les prochaines échéances électorales constitueront le baromètre d’évaluation du degré de sincérité et de sérieux de notre classe politique… Dans tous les cas de figures, le MANIFESTE pèsera vigoureusement et de tout son poids lors de ses consultations pour corriger les déséquilibres flagrants dans la représentativité des Haratine et des autres couches marginalisées ou défavorisées. 

Le MANIFESTE vient de souffler ses 5 bougies. A quoi ont servi ces différentes marches à la cause Haratine ? 

Le MANIFESTE a sorti la question Haratine du ghetto du militantisme sectaire et en a fait une question nationale portée par l’ensemble des mauritaniens. Les marches successives ont suscité un grand éveil et un regain d’intérêt jamais égalé pour la question Haratine. Ce n’est pas rien.

A la veille de ces dernières marches, les deux tendances ont discuté pour parvenir à une marche commune, mais en vain. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? A qui profite cette division ?

La division profite aux ennemis de la cause Haratine et apporte de l’eau au moulin des forces rétrogrades : féodales, tribales, obscurantistes, conservatrices…etc. Ces forces d’inertie sociale cherchent désespérément à arrêter la roue de l’histoire. La division profite également au pouvoir qui se refuse à prendre le taureau par les cornes pour apporter les thérapies de choc afin de venir à bout de l’esclavage, de la marginalisation et de l’exclusion des Haratine. 

Quant à l’unification de la Marche, nous avons pris l’initiative d’entrer en contact avec l’autre partie. Je me suis moi-même déplacé pour faire la proposition d’unifier la Marche à l’ancien premier responsable de cette autre partie. Nous nous sommes convenus d’un accord de principe pour sceller l’unité de la Marche.

Lors des rencontres qui ont suivi, nous avons buté sur un seul point d’achoppement à savoir que l’autre partie s’est entêtée à exiger qu’il y ait un seul discours au meeting et que ce discours soit prononcé par le président de leur groupe. Nous avons tout tenté pour trouver un compromis par souci de l’intérêt de la Cause et pour satisfaire la demande pressante de l’opinion. 

Face à ces positions figées qui, pour nous, sont irrecevables, nous nous sommes résolus enfin à faire une célébration séparée. C’est ici le lieu de remercier toutes les bonnes volontés qui n’ont ménagé aucun effort pour unifier la Marche. Dans ce cadre, une mention spéciale doit être réservée à M. Biram Dah Abeid, président d’IRA, pour les efforts consentis pour une Marche commune.

Bien que nous ayions échoué dans cette première tentative d’unification, nous resterons ouverts à toutes éventuelles démarches visant à créer une nouvelle synergie dans l’action ou à aplanir les difficultés. Pour ceux qui ne le comprennent pas, le Manifeste  est là pour corriger les déséquilibres politiques et socioéconomiques ; il disparaîtra dès que ses objectifs seront atteints. Nous n’entendons pas en faire un fonds de commerce, encore moins une organisation pérenne.

Il n’y a donc pas lieu de se tirailler. Nous ne sommes en concurrence avec personne et nous tendons la main à tout le monde pour qu’advienne le plutôt possible une Mauritanie unie, égalitaire, réconciliée avec elle-même et digne de sa devise : Honneur-Fraternité-Justice. 

Propos recueillis par DL 

 

 

Le Calame