Entretien avec Lô Gourmo Abdoul vice-Président de l’UFP

jeu, 03/22/2018 - 08:59

 Monsieur Lô Gourmo Abdoul nous profitons de votre séjour en Mauritanie pour nous entretenir avec vous sur le sujet politique dominant en Mauritanie. Vous devinez déjà sa nature. Après les déclarations du Président Mohamed Ould Abdel Aziz sur les colonnes de Jeune Afrique qui réaffirme sans détour son intention de ne pas se présenter en 2019, pensez –vous que désormais le débat est clos?

Lô Gourmo Abdoul : Je vous remercie. Constitutionnellement et politiquement, le débat sur un prétendu 3eme mandat est clos. C’est un « débat » que le pouvoir avait tenté lui-même d’ouvrir alors que la constitution interdit justement de l’ouvrir ! Ils ont tout fait. Les propagandistes les plus zélés ont cherché dans les trous noirs de l’anti-droit, tous les arguments possibles et imaginables. 

Les pires postures politiques ont été tentées comme on l’a vu lors du dernier dialogue non exclusif –dont c’était le calendrier caché ! Des propositions alléchantes, des deals de toute nature ont été initiés mais rien n’y a fait : l’unanimité de la classe politique est faite depuis belle lurette sur cette question : respect de la constitution, pas un mandat de plus que les 2 ultimes prévus. Politiquement, l’échec du dernier dialogue non exclusif et celui du référendum viennent de là pour le pouvoir. 

Aussi, l’interview du Chef de l’Etat à Jeune Afrique vient clarifier une situation que ses partisans ont voulu artificiellement créer : il n’y a pas, et il n’y aura jamais de 3eme mandat en Mauritanie. Tout le reste n’est que manœuvres et dribbles politiciens, en partie dictés par des considérations internes au parti-Etat…. Personnellement je pense que le débat est définitivement clos. Sauf coup d’Etat, il n’y aura plus de mandat supplémentaire à celui en cours. Et personnellement je ne crois pas que M. Ould Abdel Aziz fera un 3ème putsch. Ce serait d’une gravité extrême, et dans le contexte national et sous régional actuel, ce serait tout simplement insupportable pour tout le monde. La question s’est déplacée et concerne les conditions de la prochaine alternance : qui et comment viendra ?

Justement, il y a un autre problème qui fait encore l’objet de spéculations notamment la question du futur successeur du président sortant. Nous n’en sommes pas là encore mais des noms circulent parmi le carré des fidèles. Un militaire en cache-t-il un autre ?

Xam ! » dirait-on en Olof. Je n’aime pas trop la spéculation sur les personnes en particulier. Des noms circulent parmi ceux qui sont considérés comme des fidèles parmi les fidèles du Président. L’important est que les règles soient rigoureusement et strictement respectées, tout le monde peut candidater. Mais les mauritaniens à qui il appartient le dernier mot, ne sont pas dupes. Et quand ce sera l’heure, ils diront ce qu’ils pensent du respect dû à l’institution militaire qui ne doit jamais être mise au service d’ambitions politiciennes. L’important est le droit de notre peuple à disposer de lui-même, en choisissant librement ses gouvernants.

L’opposition démocratique regroupée sous la bannière du FNDU a-t-elle encore des réserves sur les propos du président ?

L’opposition a déjà dit qu’elle en prenait acte. Moi je pense que c’est un acte positif du Président Ould Abdel Aziz que d’avoir clarifié sa position sur la question. Il n’y a plus aucune ombre, aucune ambigüité sur ce problème de son départ en 2019, à la fin de son mandat. Il lui reste juste à demander à ses soutiens de cesser de casser les oreilles des mauritaniens en s’époumonant sur une impossible demande qui est une tartufferie de leur part.

En Mauritanie, la rupture avec l’ingérence de l’armée dans la politique est-elle possible ?

Oui c’est possible. Le peuple le veut ardemment. La solidité et la fiabilité de nos institutions en dépend. L’armée a beaucoup changé au cours de ces dernières années. Beaucoup de ses officiers supérieurs sont des cadres de très haut niveau qui ont fait les études les plus pointues dans tous les domaines et acquis des expériences de terrain, précieuses, y compris sous le feu... 

Certains ont fait des Académies étrangères prestigieuses et maîtrisent parfaitement la science militaire moderne dont l’une des bases essentielles est le découplage des affaires politiques et militaires. Ils aspirent par conséquent à ne pas mêler l’Armée aux choses de la politique et savent que c’est cette forme de politisation que l’on a vécu jusqu’ici, qui est la cause principale des faiblesses stratégiques qui ont affecté l’opérationnalité de l’institution. L’armée est au service de la nation et non d’un gouvernement particulier : c’est le gage de sa réelle professionnalisation et la garantie de son républicanisme.

L’opposition démocratique a-t-elle réellement la force de frappe pour provoquer une vraie alternance démocratique ?

Elle en la force de conviction et le souffle. Elle a clairement le soutien d’une partie considérable de notre peuple. Il lui reste de proposer un programme alternatif démocratique et populaire. Au plus tôt. Et tout ira bien, vous verrez.

En 2019 les vieux leaders politiques seront frappés par la limite d’âge ce qui va imparablement poser la question de renouvellement de la classe politique. Pensez que l’opposition s’est préparée à cette donne ?

Regardez bien et vous verrez que la classe politique se renouvelle ! La vie impose ce renouvellement. L’opposition démocratique s’y prépare et le jour J des prochaines élections, elle alignera les candidatures qui se conformeront à la loi et aux aspirations du peuple.

Votre parti a tout récemment réagi aux propos d’anciens membres de l’UFP reçus en audience par le président Aziz. Que constitue pour vous ce départ vers le camp présidentiel de vos ex- compagnons de lutte ?

Certains sont partis depuis si longtemps qu’il est même bizarre d’évoquer leur ancienne appartenance à l’UFP sauf à titre anecdotique. Nous avons réagi aux tentatives du pouvoir de faire croire qu’ils étaient des dissidents de fraîche date. Nous avons donc rafraîchi sa mémoire. La plupart sinon la quasi-totalité d’entre eux demeurent des amis personnels avec lesquels il n’y aucun litige particulier. Leur départ n’a en rien affecté nos activités. Nous n’avons ni rancune ni ressentiment. Nous n’avons que du respect à l’égard de tous et la vie continue, pour tout le monde, suivant la direction choisie.

A ce propos l’ufp pourrait –elle participer aux prochaines élections législatives et les conseils régionaux et éviter ainsi la mauvaise expérience du boycott passé ?

Notre position est que toute élection est un exercice de démocratie auquel nous devons nous préparer. Sauf accident, nous y participons par définition. Nous agissons pour qu’elles soient le plus démocratiques possibles, c’est à dire pour qu’elles laissent apparaître la réelle volonté du peuple.

Quelle analyse faites-vous de la situation générale du pays ?

Nous sommes réellement à la croisée des chemins. Deux années électorales décisives vont se suivre et elles déboucheront sur une situation inédite puisque la présidentielle, qui est au cours du processus, sera marquée par la non participation du Président en exercice. Ces élections d’une si grande importance interviennent cependant dans un contexte de crise politique, économique et sociale aiguë : comment faire en sorte d’assainir cette situation pour que ces élections puissent se dérouler dans la paix civile TD et la concorde nationale voire sur un fond de réconciliation entre les principaux acteurs pour aller aux urnes avec confiance ? 

Voilà l’enjeu principal. Soit les élections apaisent la vie politique et sociale soit elles aggravent les choses et accélèrent le processus de pourrissement dont on voit des signes évidents dans de nombreux aspects de notre quotidienneté : telles sont les 2 options fondamentales qui s’offrent au pays et c’est cela la croisée des chemins. Un homme tient en main en grande partie le choix de l’une ou de l’autre option : le Président partant Mohamed Ould Abdel Aziz. Ce que l’histoire retiendra de lui ce sera peut-être d’avoir favorisé l’une ou l’autre voie…Qu’Allah guide ses pas dans son choix.

Propos recueillis par CTD 

 

Le Rénovateur - via Cridem