Gaz Sénégal-Mauritanie : une affaire plus grosse que les deux pays

sam, 02/10/2018 - 10:50

Les experts soutiennent que le Sénégal et la Mauritanie s’apprêtent à exploiter l’une des plus importantes réserves de gaz au monde. Certains estiment qu’elle dépasse les réserves du Qatar et de la Russie réunie. Du coup, elle intéresserait les Etats-Unis et l’Europe qui pourraient avoir accès par pipe-line à une source d’énergie proche et plus accessible. A partir d’un branchement à partir de l’Espagne par exemple, l’Europe pourrait ainsi s’extraire des caprices de l’Ukraine. Aussi, les injonctions de Macron à Macky Sall et à Mohamed Abdel Aziz, traduits en des termes moins diplomatiques, selon des sources confidentielles, seraient sans appel. «Entendez-vous sur le partage de vos quote-part, mais le premier qui essayera de créer des problèmes autour de l’exploitation du gaz sautera ».

 

Le président du Sénégal, Macky Sall, vient d’achever une visite de deux jours dans la capitale mauritanienne, Nouakchott, les 8 et 9 février 2018,  à la tête d’une importante délégation de ministres et de techniciens de haut niveau. A l’issue de cette tournée, un seul accord a été signé par les deux délégations, celui relatif à l’exploitation du gaz que Kosmos Energy devra sortir des eaux maritimes des deux pays. Le dossier de la Pêche, qui constitue pourtant le nœud gordien des relations entre la Mauritanie et le Sénégal, et sur lequel les populations de Guet Ndar fondent tout leur espoir, après la mort tragique d’un jeune pêcheur sous la balle des garde-côtes mauritaniens, devra attendre. Tout comme le problème non moins récurrent de la transhumance du bétail mauritanien au Sénégal, ainsi que celui de la libre circulation des biens et des personnes entre les deux pays. Ces dossiers ont été renvoyés à l’étude des ministres concernés, pour au moins trois mois.

L’urgence semble ainsi avoir été accordée au gaz. Cette énergie que la France de Macron place à la tête de ses priorités et dont il se porte garant. Ainsi, lors de la rencontre à Paris entre les trois parties, en marge du Sommet sur le G 5 Sahel en décembre 2017, le président français aurait été plus que clair, selon certaines confidences. Le Sénégal de Macky Sall et la Mauritanie de Mohamed Abdel Aziz peuvent avoir toutes les divergences qu’ils voudront, mais pas sur l’exploitation du gaz. Le premier qui tenterait de créer des troubles sur l’exploitation de cette source d’énergie sur laquelle la France, mais aussi l’Europe, fondent beaucoup d’espoir, pourrait ainsi perdre le soutien de Paris. Des propos pleins de sous-entendus. Ainsi, le port militaire de NDiago que la Mauritanies’apprête à faire construire à quelques jetées de Saint-Louis, pourrait bien être gelé ou ses missions rendues moins belliqueuses.

Pour optimiser l’exploitation du gaz découvert aux larges de leurs côtes et rendre son exploitation efficiente avec toutes les garanties de transparence, le Sénégal et la Mauritanie ont confié à des Britanniques à Londres, connus pour leur expertise dans le domaine des hydrocarbures, toutes les études relatives à l’exploitation commune du champ gazier.

Ainsi, l’accord qui vient d’être paraphé sur le gaz à Nouakchott, devrait s’achever à Paris qui s’en porte garant. D’ores et déjà, le Sénégal a déjà empoché 8 milliards de dollars U.S  d’avance et la Mauritanie, 4 milliards de dollars distribués par la Directrice BP en Mauritanie et au Sénégal, Emma Delany, dont l’entreprise est liée depuis décembre 2016 à Kosmos Energy par un accord de partenariat pour la gestion du champ gazier entre les deux pays.

Quid des 4 milliards de dollars empochés par Aziz ?

En empochant les 4 milliards de dollars d’avance sur le gaz avant même d’en sentir la première odeur, dès le mois de juin 2017Mohamed Abdel Aziz aurait envisagé un certain nombre d’actions qui aurait pu changer la situation des Mauritaniens, n’eut été le conseil malveillant de ses proches. Le président Aziz aurait d’abord en premier lieu envisagé de payer les dettes internes de l’Etat mauritanien. Imaginez cette manne qui aurait permis à des dizaines, voire à des centaines d’entreprises nationales de ressusciter, notamment les fournisseurs et les entreprises de l’audiovisuel, plongées dans une faillite provoquées ces dernières années par les impayés vis-à-vis de l’administration publique. Deuxième action, doubler les salaires dans le public et le privé. Troisième action, doubler la pension des retraités. Enfin, quatrième action, alimenter le circuit financier par du liquide frais, ce qui aurait profité à l’économie nationale.

Certains de ses conseillers, dont le ministre des Finances, Ould Diay, l’en auraient dissuadé. Pour eux, rien ne sert de donner au peuple ce bonus à l’avance et qu’il fallait d’abord attendre le référendum constitutionnel du 6 août 2017. Une fois que la réforme envisagée par Mohamed Abdel Aziz aurait reçu le plébiscite attendu, et dont le succès lui a été garanti, il pourra procéder ensuite avec sérénité aux actions envisagées et viser le troisième mandat. Ce scénario aurait ainsi emporté l’enthousiasme de Mohamed Abdel Aziz qui sera d’ailleurs conforté sur cette voie par le succès des méga-meeting populaires qu’il a organisés sur l’ensemble du pays, avec l’apothéose populaire lors du meeting de Nouakchott.

Mais il va vite déchanter. Lors du dîner électoral qu’il a organisé au soir du référendum au Palais présidentiel, il a quitté la soirée après le résultat des trois premiers bureaux. Déçu et furieux, Mohamed Abdel Aziz s’était rendu compte non seulement qu’il avait une opposition qui lui a été décrite comme inexistante, mais qu’il avait une autre opposition plus sournoise au sein de son propre système qui ne s’arrêtait pas seulement au sein du Sénat. Ce constat est d’autant plus amer que Mohamed Abdel Aziz s’est retrouvé piégé dans un système maffieux qu’il a personnellement nourri et qui maintenant lui échappe. Il en est arrivé à un stade tel qu’il se sent incapable de changer le gouvernement, de peur de nommer une personne dont il ne peut garantir la fidélité. Et les 4 milliards de dollars sont ainsi restés prisonniers de sa propre phobie.

Cheikh Aïdara