DR. CHEIKH OULD HANANA, PRÉSIDENT DU SÉNAT

jeu, 01/25/2018 - 17:42

‘’Organiser des élections quelconques dans le contexte actuel est une autre forme de mépris pour le peuple et les acteurs politiques’’

Le Calame – Après la dissolution du sénat, suite au référendum du 5 août dernier, les sénateurs dits « frondeurs » ont décidé de poursuivre leur « résistance » en vous élisant président du « sénat » qui a tenté à maintes reprises à se réunir au sein des locaux de la chambre dissoute. A quoi va servir un sénat qui ne peut pas se réunir et donc délibérer sur les textes du gouvernement ?

Dr. Cheikh Ould Hanana : Avant de répondre à vos questions, permettez moi de vous remercier sincèrement pour l’occasion que vous nous offrez d’éclairer l’opinion nationale sur la situation politique particulièrement grave que traverse notre pays.

Effectivement, les sénateurs ont eu à élire un nouveau bureau à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire 2017-2018, lequel bureau a reçu pour mission de continuer le travail du Sénat dont, vous le savez, l’une des raisons d’être est d’assurer l’équilibre des institutions et le respect de la constitution.

Vous n’êtes pas sans savoir, également que notre texte constitutionnel sur lequel repose notre démocratie vient d’être l’objet de graves violations qui ont remis en cause la légalité même des institutions qui y ont pris part.

En guise de suite logique de ce qui précède, les locaux du Sénat ont été fermés devant nous, ce qui nous a contraints à louer un siège provisoire en attendant le retour du pays à l’ordre constitutionnel.

Dans ces locaux, notre bureau se réunit régulièrement et discute des problèmes du pays et de ses perspectives. Par ailleurs, nous sommes en contact avec les parlements et les institutions internationales qui se préoccupent des questions de démocratie et de respect des droits humains.

-Quel rapport entretenez-vous avec l’opposition réunie au sein du G8 ? Le comité de crise pourrait-il se muer en un parti politique, comme le rapportent certaines rumeurs ?

- Nos relations avec le G8 sont nécessairement excellentes car nous avons les mêmes craintes pour le pays. Certains dirigeants des partis qui le composent ainsi que des personnalités de haut niveau ont d’ailleurs eu à nous rendre visite dans notre nouveau siège et nous ont exprimé leur soutien dans nos efforts visant à rétablir la légalité et à faire respecter la constitution.

Ceci dit, l’idée de « se muer » en parti politique n’est pas une question qui se pose pour les membres du Sénat car ceux-ci appartiennent déjà à des formations politiques auxquelles ils demeurent affiliés.

-Votre collègue Mohamed Ould Ghadda est en détention depuis le mois d’août dernier et 12 sénateurs placés sous contrôle judiciaire dans le cadre du dossier dit « Bouamatou et consorts ». Comment vivez-vous cette situation ? Et que faites-vous pour sortir Ould Ghadda de prison ?

- La détention du Sénateur Mohamed Ould Ghadda et la mise sous contrôle judiciaire de douze autres sénateurs ainsi que de syndicalistes et journalistes constituent sans doute une régression dangereuse en matière de libertés publiques et de droits humains mais nous restons fermement opposés à ces dérives et engagés à tout mettre en œuvre pour que les intéressés retrouvent leur liberté et que le pays revienne à une situation normale.

-Les mauritaniens seront appelés aux urnes pour élire, en 2018, les conseillers régionaux, municipaux et les députés à l’Assemblée nationale ; l’Assemblée nationale a voté 3 projets de lois dans cette perspective. A votre avis, l’opposition et le comité de crise doivent-ils prendre part à ces scrutins dans un contexte marqué par une tension politique qui perdure depuis août 2009?

- Au Sénat, nous continuons de penser que le pays est en situation de crise politique résultant des violations ayant affecté le texte fondamental qu’est la Constitution. Organiser des élections quelconques dans ce contexte est une autre forme de mépris pour le peuple et les acteurs politiques. A cet effet, nous ne croyons pas que les acteurs politiques voudront s’engager dans une aventure électorale dont les règles sont biaisées à l’avance.

-Que pensez-vous de la remise sur tapis, par des députés de la majorité présidentielle, il y a quelques jours, de la question du 3e mandat que d’aucuns pensaient clos le 20 octobre 2016 ?

-Les récentes sorties de certains députés et autres… appelant à un troisième mandat pour le Président de la République constituent aussi, de notre point de vue, des appels à la violation de l’intégrité même du texte de la constitution dans ses aspects garantissant l’alternance démocratique et prouvent une fois de plus que le pouvoir politique n’a pas beaucoup de respect pour les institutions et la démocratie.

– Que pensez-vous des tentatives de l’opposition de créer une alliance électorale pour 2019 ? Les sénateurs du comité de crise pourraient-ils se joindre à une telle entreprise ?

- Nous avons souligné plus haut que la crise politique profonde et les violations répétées de la Constitution s’opposent à l’organisation de toute sorte d’élection digne de ce nom.

Dans ce contexte et à moins d’un retour à l’ordre constitutionnel d’ici à 2019, les partis politiques doivent plutôt se regrouper dans le cadre d’une coalition dont l’objectif principal sera de faire échec à l’organisation des élections dont vous parlez. Par rapport à la tenue desdites élections, les sénateurs exigent le rétablissement de la Constitution pour que le jeu politique se fasse dans le respect des lois.

Propos recueillis par Dalay Lam:

 

Le Calame (Mauritanie)