Pêche en Mauritanie: La Vache à lait des gouvernements…

mer, 12/28/2016 - 18:12

Le ministre des Pêches a présidé, la semaine dernière àNouadhibou, la cérémonie de restitution d’une étude relative à ‘’la fixation des prix de référence pour l’ensemble des produits de pêche à l’export’’. 

Au terme d’une longue journée de ‘’discussion’’, le ministère a réussi à faire passer son coup : étendre le monopole de la commercialisation dont bénéficie la SMCP à tous les produits de pêche. Pour faire passer la pullule de manière ‘’pédagogique’’, il n’y avait pas meilleur que de faire appel à l’arme fatale : une expertise‘’indépendante’’. 

Au siège de la SMCP (Société mauritanienne pour la Commercialisation du Poisson), mercredi dernier, 21 décembre, le ministre des Pêches a fait le déplacement jusqu’à la capitale économique afin de superviser l’élargissement des pouvoirs de l’outil de commercialisation des produits de pêche que contrôle de près son département.

Jusqu’ici la SMCP avait le monopole de la commercialisation des produits congelés de pêche. C’est elle qui fixe ses prix et rapatrie le produit de sa vente : les fameuses divises, ô combien chères aux gouvernants de ce pays et pour l’obtention desquelles ont-ils sacrifié depuis toujours le secteur des pêches.

Pendant ces temps de rareté des ressources financières et de la devise, le gouvernement a donc décidé de s’attaquer à ceux qui, dans le secteur des pêches, échappaient au contrôle de la SMCP afin de les obliger à rapatrier leurs devises et à ne pas tricher au niveau des prix de vente réelle de leur produit. 

D’ailleurs dans son mot d’ouverture de la journée de restitution de la fameuse étude, il a menacé les armateurs en affirmant que son départ est bien au courant des commissions qu’ils perçoivent auprès de leurs clients à l’étranger… Une manière comme une autre pour leur dire de se taire et d’applaudir les scénarios qu’on leur propose. Sans murmures ni hésitation, comme disent les bidasses. 

Cette consigne ou mise en garde du ministre a bien produit les effets escomptés. Quelques rares voix, comme le souligne le procès-verbal établi à l’issue de cette journée, divergentes se sont fait –juste- entendre : ‘’un nombre limité d’intervenants a, cependant, indiqué que le monopole accordé à la SMCP est inapproprié dans un système libéral et dans le contexte de l’environnement économique de la Zone franche de Nouadhibou’’.
Très vite donc les débats se sont concentrés sur la formule préconisée pour contrôler davantage la commercialisation de toutes les espèces du poisson. Il y avait ceux qui réclamaient la création d’une nouvelle structure dédiée à ce boulot. D’autres, plus nombreux et qui ont eu le dernier mot, soutenaient que cette mission soit affectée à la SMCP, même s’il faille élargir les membres de la commission de fixation des prix au niveau de cette société.

Celle-ci aura désormais la charge de fixer les prix de tous les produits de pêche. Une mesure qui permettra au moins de contraindre les importateurs des autres produits de pêche qui échappent au contrôle intégral de la société de commercialisation de ne pas vendre leur poisson en deçà du prix de référence. Mission accomplie ! Mais le secteur va mal, très mal…

De mal en pis

Pilier important de l’économie nationale, le secteur des pêches dans notre pays peine à sortir de l’ornière. Et continue de trainer beaucoup de casseroles vides. En dépit du fait que la SMCP est revenue dans le giron de l’Etat après avoir été majoritairement contrôlé par les privés, la commercialisation du produit national n’a pas vraiment pris son envol.

Surtout qu’elle n’a jamais réussi à mettre en place un mécanisme adéquat pour faire écouler ses produits de manière consensuelle et fluide. Le ministre et laSMCP continuent d’accuser les armateurs de toucher des commissions à l’étranger sur le dos de l’Etat, tandis que ces derniers reprochent aux premiers d’abuser d’une production qui ne leur appartient pas.

Cet état des choses fait qu’à chaque décade le problème de la commercialisation se pose dans les mêmes termes. Actuellement, le stock de poisson non vendu est évalué à dix mille tonnes et n’arrivé à être écoulé. Les discussions entre la SMCPet les Japonais n’ont pas abouti.

Ils exigeaient une baisse de prix allant jusqu’à mille dollars la tonne par rapport à la vente précédente au moment où la SMCP réclamaient une revalorisation d’aux moins cinq cents dollars la tonne par rapport à la dernière vente. 

En effet la SMCP et le département des pêches estiment que les armateurs reçoivent indument, à l’étranger, une commission de cinq cent dollars sur la tonne qu’ils ne déclarent pas au pays… En tout cas, on est entré dans la période des fêtes de fin d’année et les négociations ne reprendront qu’à l’orée de l’année 2017.

En attendant cela et en souhaitant que le pays puisse écouler une production de pêche de plus en plus importante, pour ne pas dire pesante, connait d’autres difficultés au niveau du renouvellement de la flotte nationale et la nouvelle mesure des quotas individuels. Des problèmes qui risquent fort de nous faire revenir à la case départ : le retour des étrangers. 

 

 

 

RMI Biladi