CEDEAO : l’ivoirien Jean-Claude Brou nommé à la présidence de la Commission

lun, 12/18/2017 - 14:17

L’actuel ministre ivoirien des mines et de l’industrie prendra la tête de la présidence de la Commission de l’organisation sous-régionale en mars prochain. 

Le successeur du béninois Marcel De Souza aura la lourde tache de relever les défis qui s’entassent sur la table de la CEDEAO, notamment l’entrée de nouveaux membres, les crises politiques et sécuritaires ainsi que la situation socio économique qui ont été d’ailleurs au centre du 52e sommet des chefs d’Etat des pays membres qui s’est tenu ce samedi à Abuja

C'est l'une des principales décisions issues du 52e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO qui s'est tenu samedi 16 décembre à Abuja. L'ivoirien Jean-Claude Kassi Brou a été désigné comme président de la Commission de l'organisation en succession du béninois Marcel De Souza. 

L'actuel ministre des mines et de l'industrie de la Cote d'ivoire prendra ses fonctions en mars prochain pour un mandat de quatre ans au même titre que le vice-président et les 13 commissaires qui composent l'organe exécutif de la CEDEAO. Économiste chevronné, plusieurs fois ministres et ayant servi dans plusieurs pays africains pour le compte de la Banque mondiale ou du FMI, cet ancien de la BCEAO aura la lourde tache de poursuivre la réforme institutionnelle de l'organisation d'intégration ouest-africaine ainsi qu'à mettre en œuvre les principales décisions de la Conférence des chefs d'Etat par rapport à des sujets d'importances prioritaires pour la CEDEAO.

Le sommet d'Abuja a été d'ailleurs l'occasion pour les chefs d'Etat de faire un tour d'horizon et le point sur les principaux défis auxquels fait face la sous-région notamment la situation sécuritaire principalement au Mali et au Nigéria. Dans ce dernier pays, les chefs d'Etat ont noté le succès enregistré dans la lutte contre Boko Haram, ils n'ont pas manqué de faire part de leurs préoccupation « face à l'expansion des attaques terroristes dans la région ». Ce qui est loin le cas au Mali où le sommet a déploré « la multiplication des attaques terroristes au nord et au centre du pays ». A juste titre, les dirigeants des pays membres de la CEDEAO ont plaidé en faveur du renforcement de la force conjointe du G5 Sahel et se sont engagés à promouvoir la coopération en matière de partage de renseignements afin de contenir les menaces.

Comme l'a annoncé le président nigérian Muhammadu Buhari à l'ouverture du sommet, l'immigration s'est également invitée dans les discussions des chefs d'Etat qui se sont tenus à huis-clos. Les chefs d'Etats de la CEDEAO ont condamné la situation qui prévaut en Libye et se sont par ailleurs engage « à travailler avec les organisations internationales partenaires pour mettre rapidement fin à ces pratiques barbares ». L'organisation a également apporté son soutien à l'Union Africaine (UA) pour l'ouverture d'une enquête internationale afin que les responsables et complices des « traitements infligés aux migrants et réfugiés africains en Libye »soit identifiés et punis.

Le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie en salle d'attente

L'autre chantier que va devoir gérer le prochain président de la Commission, c'est l'adhésion de nouveaux membres notamment le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie. Initialement annoncé pour le sommet, l'examen de la demande d'adhésion du Maroc qui espérait un statut à part entière à été renvoyé ultérieurement tout comme la Tunisie qui demande un statut de membre observateur et la Mauritanie comme membre associé.

Les chefs d'Etat de la CEDEAO ont estimé que l'examen de ces demandes devrait être précédé « par la mise en place de cadre institutionnel approprié qui devrait constituer la base juridique de telle décision ». En ce sens, un comité restreint de chefs d'État a été mis en place afin d'approfondir les différentes implications de ces adhésions. Le comité est composé du Togo, de la Côte d'Ivoire, du Ghana, de la Guinée et du Nigeria.

Par rapport justement à cette intégration régionale, le Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement a fait cas d'un processus encore lent et faible surtout pour ce qui des projets d'intégration structurants dans le domaine des infrastructures mais aussi dans celui plus global de l'amélioration de l'environnement des affaires et de la compétitivité des entreprises. C'est particulièrement le cas en matière de libre circulation des personnes et des biens avec la persistance des barrières tarifaires et non-tarifaires ainsi que « des pratiques anormales sur les corridors et les frontières des États membres ».
La Conférence s'est engagé à poursuivre l'effort avec de nouvelles mesures destinées à approfondir les échanges et en la matière, un code de douane régional a été adopté à Abuja. Il vise à établir « un cadre juridique commun pour les procédures douanières dans tous les États membres et contribuera ainsi à l'amélioration de l'environnement des affaires et à la facilitation des échanges dans l'espace CEDEAO ».
Crises politiques

Les chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO se sont également penché sur la situation économique de la sous-région avec des perspectives encourageantes même s'il va falloir poursuivre la mise en œuvre des réformes structurelles.

Les crises politiques que traversent plusieurs pays ont également été au menu du Sommet qui a pris d'importantes décisions sur le cas de la Guinée-Bissau où le contexte politique ne semble guère s'améliorer en dépit des médiations conduites jusque-là. Les différents protagonistes de la crise étaient d'ailleurs appelé à la barre à Abuja et à l'issue des concertations, le Sommet a regretté le manque d'avancée dans le processus de paix et a décidé de confier à Alpha Condé de la Guinée et Faure Gnassingbé du Togo « de mener les consultations avec toutes les parties prenantes à l'Accord de Conakry dans un délai de un mois, faute de quoi des sanctions collectives et individuelles seront appliquées à toutes les personnes qui entravent la mise en œuvre de ces accords ».

La crise togolaise a également été passée en revue par la CEDEAO qui a estimé la situation encore préoccupante même si les chefs d'Etat se sont félicité « des mesures d'apaisement et de décrispation adoptées par le gouvernement togolais afin de créer un environnement propice à l'ouverture du dialogue national ». Tout en condamnant « fermement toutes les formes de violences et de débordements », ils ont appelé les acteurs politiques togolais « à s'engager pleinement et dans les plus brefs délais, dans un dialogue inclusif pour parvenir à la mise en œuvre des réformes politiques ».
Enfin la conférence s'est réjoui du processus de réconciliation mis en place en Gambie et a pris note, au Liberia, de la convocation du corps électoral pour le second tour de l'élection présidentielle pour le 26 décembre 2017, exhortant les deux candidats en lice, George Weah et Joseph Boakai« à mener une campagne pacifique et à ne recourir qu'aux moyens légaux pour régler tout éventuel différend électoral ». 

 

Par Aboubacar Yacouba Barma 

 

La Tribune Afrique