La Mauritanie, entre l’Afrique blanche et l’Afrique noire : M. Moktar Ould Daddah, un courageux réformiste

mer, 11/29/2017 - 23:33

Moktar Ould Daddahest un des plus jeunes chefs d’Etat d’Afrique : il est né le 27 décembre 1924 à Boutilimit, ville du sud-ouest de la Mauritanie, célèbre par sa Medersa dont les lettrés sont réputés dans tout le Maghreb. 

C’est à l’école franco-arabe du chef-lieu du Trarza qu’il acquiert ses premières connaissances avant d’entrer à l’Ecole des fils de chefs et d’interprètes de Soint-Louis-du-Sénégal (l’ancienne Ecole des otages créée par Faidherbe).

Fort du prestige ancestral de la tribu maraboutique à laquelle il appartient, il entre dons l’administration et est affecté, comme interprète, chez les grands nomades de la région de Fort-Trinquet. C’est alors que ses supérieurs hiérarchiques, remarquant ses aptitudes, décident de l’envoyer en France pour suivre ses études.

Lycéen à Nice, étudiant en droit à Paris, élève de l’Ecole nationale des langues orientales vivantes, il réussit tous ses examens et fait connaissance, sur les bancs de la faculté de droit, de celle qui sera, quelques années plus tard, son épouse.

En 1956 il est avocat stagiaire chez Me Boissier–Palun, aujourd’hui ambassadeur du Sénégal en Grande-Bretagne, à l’époque importante personnalité politique dakaroise. En mars 1957 il est élu conseiller territorial de l’Adrar ; en mai de la même année il devient vice-président du conseil de gouvernement local. 

Il fait alors décider le transfert de la capitale mauritanienne en territoire national, mettant fin à la situation surprenante d’un pays dont l’administration et les pouvoirs publics siègent à l’extérieur, à Saint-Louis, chef-lieu commun du Sénégal et de la Mauritanie à l’époque coloniale.

En juin 1958 il est élu secrétaire général du Parti du regroupement mauritanien (P.R.M.). En septembre 1958 il se trouve à la tête du gouvernement mauritanien lorsque celui-ci se prononce pour le « oui » au référendum et approuve la communauté franco – africaine. Le 28 novembre de la même année il propose la proclamation de la République islamique.

Le 26 juin 1959 Me Moktar Ould Daddah devient premier ministre, après que des élections législatives l’eurent, en moi, confirmé dans son mandat de député. Il succède alors à lui-même, l’Assemblée l’ayant chargé de constituer le nouveau gouvernement.

En octobre 1960 il dirige la mission venue négocier à Paris le transfert des compétences communes alors détenues par la France et signe avec M. Debré les accords qui consacrent l’indépendance de la Mauritanie. Le 28 novembre, jour anniversaire de la proclamation de la République, le pays accède à la souveraineté nationale. 

Candidat unique d’union nationale, Me Moktar Ould Daddah est élu, le 20 août 1961, au suffrage universel, président de la République. L’homme, qui n’avait cessé d’attirer l’attention de ses collègues d’A.O.F. et d’A.E.F. et celle du gouvernement français sur le drame algérien et sur l’inopportunité de poursuivre des expériences nucléaires au Sahara, ne modifie point sa ligne de conduite.

Simultanément, en dépit de l’expansionnisme marocain qui menace l’existence même de son pays, le président mauritanien se fait ardent défenseur de l’unité maghrébine. De même, il multiplie les avances à la Ligue arabe, malgré les attaques auxquelles celle-ci se livre contre son gouvernement.

A l’intérieur commence un difficile combat mené sur deux fronts. D’une port, le président de la République mauritanienne doit faire face aux pressions des éléments traditionnels qui rêvent d’ériger une théocratie au sein de laquelle les rênes du pouvoir appartiendraient à quelques familles guerrières et maraboutiques. A ces éléments, M. Ould Daddah oppose un réformisme lucide et courageux.

D’autre part, les extrémistes de l’ancien parti Nahda, suspect de sympathies pro – marocaines, considèrent le leader mauritanien comme un « tiède » ; soucieux de brûler les étapes, ces « jeunes Turcs » entendent rompre totalement avec le passé pour s’engager sur les voies du socialisme. 

Malgré ses désirs personnels, celui dont les amis les plus fidèles ont toujours appartenu aux cercles intellectuels de gauche de Paris doit alterner persuasion et contrainte.

C’est alors que, devenu secrétaire général du Parti du peuple (P. P. M.) depuis le 25 décembre 1961, M. Ould Daddah s’attache à renforcer les structures du parti unique, à étendre l’implantation du P.P.M. à tout le pays, à accélérer la formation politique de ses concitoyens, à convaincre les défenseurs d’un système parlementaire de type occidental que celui-ci est inadapté aux réalités locales.

Relativement isolé, tenant fermement la barre de l’Etat, M. Ould Daddah accepte tous les dialogues mais continue de refuser toutes les compromissions, de repousser tout ce qui est contraire à ses principes d’action politique. 

C’est cette attitude qui le conduit, en juillet 1965, à quitter l’Organisation commune africaine et malgache (O.C.A.M.) dont il était pourtant le président en exercice : estimant que l’admission du Congo-Léopoldville au sein de l’O.C.A.M. apportait une caution éclatante à M. Tshombe, dont la personnalité lui semble contestable, il rompt avec ses amis, tout en leur conservant sa sympathie. Intransigeant avec lui–même, le magistrat suprême de la Mauritanie entend conserver une certaine moralité à la politique.

Septembre 1965, page 7

                                                                                         

Le Monde diplomatique