Mauritanie : le ministre Ousmane Kane dresse le bilan des deux ans du président Ghazouani

sam, 08/07/2021 - 12:35

A l’occasion du deuxième anniversaire de l’arrivée du président Mohamed Cheikh Ghazouani au pouvoir, quel bilan à mi-cours peut-on dresser de sa mandature ? Éléments de réponses avec ces propos de Ousmane Mamadou Kane, ministre de l’Economie et de la Promotion des secteurs productifs, qui évoque ici la croissance économique, les défis et les perspectives d’un pays aux potentialités immenses.

«Il y a deux ans, notre pays enregistrait un changement politique important : un nouveau Président élu, un nouveau programme politique, économique et social, un nouveau style de gouvernance, de nouveaux espoirs.

 

La situation économique d’alors appelait, sans aucun doute, un regard nouveau et des priorités nouvelles. Dans le cadre de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP), une batterie de réformes s’imposait pour espérer bâtir «une économie résiliente et engagée sur le chemin de l’émergence».

 

 L’investiture du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani devait ouvrir une nouvelle page de l’Economie Nationale. Mettre le cap sur une économie productive et diversifiée, développer des infrastructures de soutien à la croissance et promouvoir des villes productives.

 

Certes, ces deux années qui viennent de s’écouler ont été marquées par 17 mois de crise sanitaire aigue. Entrainée par la COVID-19, elle perdure. Elle a eu un impact négatif sur la croissance en Mauritanie à l’instar de tous les pays du monde, et sur la vie de nos populations.

 

 Quelques mois après l’avènement de la pandémie, l’on prévoyait une contre-performance de la croissance de 3,2%. A la fin de l’année, les premières estimations faisaient état d’une détérioration de 2,2%. Avec quelques mois de recul, le taux de croissance de l’économie nationale pour 2020 est plutôt de -1,76%. C’est dire que les mesures prises par le Gouvernement dès le mois d’avril 2020, et étendues en septembre ont eu un impact positif important sur l’activité économique.

 

Dans l’urgence, les autorités avaient, dans le cadre du programme du président de la République, élaboré un programme d’investissement ambitieux qui a atteint environ 10% du PIB, sur une période d’exécution de 30 mois.

 

Il vise à apporter un soutien aux mauritaniens les plus touchés par la Pandémie, à créer des emplois et à impulser la croissance à travers la mobilisation du secteur privé national.

 

A moyen et à long terme, la Mauritanie s’est déjà dotée d’une stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP) qui se met en œuvre en parfaite harmonie avec les nouveaux axes de développement fixés par le ProPEP. 

 

La SCAPP vise à renforcer la croissance et l’emploi, réduire les inégalités, éliminer la pauvreté extrême et diminuer de moitié la pauvreté globale, en accélérant la transformation structurelle de l’économie et en réformant les politiques sociales. Pour cela,  il convient de (i) redynamiser les secteurs présentant un fort potentiel d’emploi et de croissance avec une meilleure intégration de la chaîne de la valeur dans l’agriculture, les activités pastorales et la pêche ; (ii) poursuivre la modernisation des infrastructures publiques ; et (iii) promouvoir un renforcement du rôle du secteur privé via l’amélioration du climat des affaires, le développement de partenariats public-privé, l’amélioration de l’accès des petites et moyennes entreprises (PME) aux financements et l’encouragement des investissements directs étrangers (IDE).

 

C’est en vue d’une croissance durable, génératrice d’emplois, que le 31 mars dernier à Timbedra, le Président de la République a défini une nouvelle politique pour le développement et la valorisation de l’important secteur de l’élevage. Alors que l’ONARDEL veillera à renforcer l’important cheptel national, en qualité et en quantité, la MPE entraînera le secteur privé dans la valorisation des produits de l’élevage. Cette nouvelle vision rapprochera les éleveurs du marché et des outils dont celui-ci disposent pour créer des chaînes de valeur.

 

Il en est de même pour le secteur agricole. Longtemps bloqué par une absence de vision génératrice d’un consensus indispensable à la mise en valeur des importantes superficies de terres arables dont disposent le pays, notre secteur agricole est longtemps resté un maillon faible de l’Economie nationale. Le Gouvernement a, par sa décision du 23 juin 2021, ouvert de nouvelles et grandes perspectives à ce secteur.

 

Promouvoir des partenariats gagnant-gagnant entre l’Etat, les populations riveraines et les investisseurs privés est la voie qui permettra au pays de sortir de sa très forte dépendance en produits alimentaires et de la mise en jachère forcée de terres dont l’Economie a besoin pour sa croissance et pour la création d’emplois. Mise en œuvre dans la sérénité, le pays tient, avec cette nouvelle politique, un merveilleux outil pour une croissance forte et durable.

 

Dans cette dynamique, le secteur privé joue un rôle important comme moteur de croissance et un facteur de valorisation de notre potentiel de ressources naturelles, particulièrement, dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la Pêche. Le développement des PMEs et le recours aux Partenariats Publics Privés constituent la des pièces essentielles de la nouvelle approche de développement de notre tissu économique.

 

A cet effet, le Gouvernement a adopté le 14 juillet 2021, un dispositif national pour le développement de l’entreprenariat. Venant en appui à l’Agence pour la Promotion de l’Investissement en Mauritanie (APIM), ce dispositif répond aux problèmes que se posent les entrepreneurs mauritaniens en herbe : absence de fonds propres (d’où le projet de création d’un fonds d’investissement), absence de ressources longues (d’où la nécessité de permettre à la CDD de mener une nouvelle politique de crédit), et absence de garanties adaptées aux financements sollicitées (d’où la décision d’accélérer l’opérationnalisation du fonds national de garantie et d’avoir accès à des instruments internationaux de garantie pour les opérateurs économiques mauritaniens).

 

La mise en œuvre de ce dispositif national ouvre tous les espoirs pour un secteur privé plus dynamique, avec un ensemble de PME intégrées dans l’Economie Nationale, porteuses de croissance et génératrices d’emplois.

 

Les besoins du pays en investissements publics ou privés vont cependant au-delà des PMEs. Les Partenariats Publics Privés sont aussi une voie qui peut s’avérer essentielles pour attirer les Investissements Directs Etrangers. C’est ainsi que la loi PPP a été révisée pour la rendre plus opérationnelle, et une direction générale dédiée à la promotion de projets en PPP a été mise en place. Le pipeline de projets PPP s’enrichit. La préparation de beaucoup d’entre eux avance dans de bonnes conditions. 2022 devrait voir plusieurs projets importants arriver à maturité. De nouvelles infrastructures donc. De nouvelles sources de croissance aussi.

 

Auparavant, très vite après l’investiture du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, il a été procédé à la définition d’une nouvelle politique en matière de promotion et de gestion du potentiel minier national : la création de MAADIN et celle de l’ANARPAM vont dans le sens d’une meilleure valorisation de ce potentiel. La nécessaire promotion de notre important potentiel mnier est au cœur de cette réforme. De même, le règlement du conflit qui a longuement opposé les actionnaires de Tasiast (TMLSA) à l’Etat mauritanien contribue à libérer l’investissement privé dans ce secteur vital pour la croissance. Il permet, immédiatement, l’extension de la mine de Tasiast, avec l’impact attendu sur la croissance et l’emploi.

 

Les (énormes) perspectives offertes par l’hydrogène vert ne sont pas encore appréciées à leur juste valeur par l’opinion nationale. Il faut commencer à l’intégrer dans les perspectives économiques, à moyen et long terme, de notre pays. Le Gouvernement prend, petit à petit, les mesures qu’il convient pour préparer notre pays à ces mutations. Cette filière prendra progressivement la place qui lui revient dans le débat économique national. Le Gouvernement s’y prépare.

 

D’ici-là, il faut réussir le grand projet gazier GTA. Les perspectives économiques sont prometteuses avec l’exploitation en 2023, du gisement offshore de Grand Tortue Ahmeyim (GTA). En plus de l’impact attendu au budget de l’Etat et à nos réserves en devises, le développement de ce grand projet faciliterait, la création d’emplois, l’accès à l’éducation et la santé. Il permettra aussi et surtout la production d’une énergie propre et peu chère, facteur important dans la construction d’une économie forte et compétitive.

 

Très clairement, depuis deux ans, une politique audacieuse et éclairée de réformes économiques est en marche. Elle vise à mettre en place un cadre attractif pour l’investissement privé, porteur de croissance et d’emplois. L’Etat, en tant qu’agent économique, continuera aussi à tenir son rôle : par la mise en œuvre du ProPEP, par l’élaboration et le financement du Plan Quinquennal 2021-2025 de la SCAPP, par la réduction du fardeau de la dette et le lancement de projets d’infrastructures essentiels à la croissance (énergie, eau, routes, numérique). Il s’est agi, pendant deux ans, de libérer les énergies, rassurer les investisseurs, promouvoir et valoriser le potentiel économique national et permettre une croissance durable et inclusive.

 

*Ousmane Mamoudou KANE*

 

Le Calame