Billet Hebdo : La Conférence de la rupture, pourquoi pas ?

lun, 05/17/2021 - 12:27

 Paris doit accueillir, les 17 et 18 Mai, une conférence internationale sur les nouveaux modes de financement des économies africaines, qui se déroulera en présence d’une forte délégation de chefs d’Etat et de gouvernements africains.  

      Depuis les indépendances, ce rendez-vous est le nième du genre auquel les africains sont conviés à Paris, Bruxelles ou autre capitale occidentale, sans voir l’Afrique véritablement lancer sa locomotive de développement. Les économies africaines restent hétérogènes, caractérisées par un manque de maîtrise de la gestion des fondamentaux économiques, tels que fluctuations des cours, le manque de maîtrise des prix des exportations , absence de stratégie concertées régionales ou sous régionales, dominance du secteur informel , etc … donnant le spectre de réalités socio -économiques différentes de nos économies.

   Même si on suppose que les africains trouveront leurs hôtes européens en bonne disposition de donner, les ressources mobilisées trouveront- elles le cadre d’accueil qu’il faut, c'est-à-dire une stratégie adéquate de bon choix des investissements, un cadre transparent de gestion et le suivi ?

   C'est autant d’échecs de politiques économiques de développement depuis 1960 à nos jours, dont on ne récolte sur le terrain d’Afrique que pauvreté, précarité, chômage et crises à répétition.

    A la lumière de ces échecs, comment alors nos dirigeants politiques ont-ils pu accepter d'aller à une conférence qui ne sera pas différente des précédentes ?

    L'Afrique accuse aujourd’hui un énorme retard par rapport au reste du monde, rien que suite au suivi aveugle des modèles conçus et proposés par ces européens.

     Le temps n’est plus donc pour la répétition des mêmes expériences et des mêmes partenaires de développement.

      Bon nombre de spécialistes annoncent la fin de l’Europe, pour son manque d’aspirations et de vitalité. Et si elle parait éprouver des difficultés à se réformer, c'est parce que la mondialisation, le vieillissement de sa population et le COVID récurrent qui a décimé et continue de décimer ses forces vives, devront à la longue entrainer mécaniquement sa disparition. Il n'est nul besoin d'être un visionnaire pour s’en convaincre.

     Ce qu'il faut maintenant, c'est de trouver des voies plutôt audacieuses pour sortir l’Afrique de son état de sous-développement, en particulier une ouverture plus résolue vers d’autres pays et d’autres continents.

     Sans grands discours, mais avec clairvoyance, solides ambitions et des projets de développement vigoureux, l’Afrique doit chercher son salut auprès des pays émergents. Partant du même niveau de développement comme elle, ces pays ont su mettre en œuvre des pistes de changements économiques, politiques, institutionnels et sociaux et construire en l’intervalle de deux ou trois générations un développement endogène, sur le plan économique et technologique.  En empruntant leurs trajectoires et en coopérant avec ces pays (en particulier la Turquie, la Tunisie, la Corée du Sud et même la Chine), l’Afrique nouera à coup sûr avec des économies compétitives et performantes.

     C'est ce message tout simple que l'Afrique doit s'efforcer de faire passer à cette conférence de Paris.  

 

                       Mohamed Ould Snih