Billet Hebdo : Un plaidoyer pour la promotion de l'élevage intensif

mar, 04/06/2021 - 10:57

          Qui se réjouit de voir les feux de brousse dévaster chaque année les pâturages les plus riches du pays, de Djiguenni à Fassala, en passant par Adelbagrou ?

        Qui se réjouit de voir notre cheptel souvent en transhumance transfrontalière en quête de pâturages, alors que nous n’avons pas pu ou su préserver les nôtres de l’incendie ou des autres fléaux ?

        Qui se réjouit de voir que l’économie mauritanienne demeure marquée par le dualisme connu depuis l’indépendance : un secteur moderne et un secteur dit traditionnel, largement dominé par un élevage extensif ?

          Assurément personne ! Et, à mon sens, le discours du Président de la République mercredi dernier, à l’occasion de la première Foire nationale de l’élevage à Timbédra appréhende ces problèmes dans leur globalité et pose les bases du remède.

         Le remède ? Le Président de la République l’envisage dans trois mesures décisives destinées à promouvoir et moderniser le secteur :

             -   La première concerne la création d’un fonds pour la promotion de l’élevage.

              -  La seconde consiste à la création d’un établissement public à caractère industriel et commercial, chargé de la création de fermes d’élevage, la construction d’abattoirs modernes et des usines pour la production de produits dérivés de l’élevage.

             - La troisième est la création d’un établissement à caractère administratif chargé d'œuvrer à l’amélioration de la race, la gestion des parcours pastoraux, les infrastructures hydrauliques et pastorales, la préparation des différentes études et l’encadrement des organisations professionnelles actives dans le domaine.

      Voilà donc une vision globale, marquée certes par l'intervention publique, qui est cette fois non pas selon un processus bureaucratique et via des projets ponctuels et géographiquement délimités comme par le passé, mais une intervention qui se déploie globalement à l'échelle du secteur, en intégrant cette fois les acteurs socio-professionnels. Dans ce cadre, le Président de la République a appelé ces derniers à prendre part au dialogue à propos du secteur qui sera ouvert prochainement, pour une participation plus active à la définition des politiques et programmes et aux choix qui les sous-tendent.

          Par rapport à ce dialogue, ces acteurs doivent d'ors et déjà :

              - Maintenir la mobilisation autour du discours du Président de la République prononcé à l'occasion de la Foire nationale de l'élevage pour que ses orientations restent les références effectives des politiques à proposer au secteur.

              - Décliner ces orientations générales dans des propositions opérationnelles, des politiques et en programmes détaillés et précis, ainsi que la définition des instruments appropriés de mise en œuvre.

              - Affirmer sans ambiguïté que le bétail en tant que tel n'est pas une marchandise, mais une ressource nationale stratégique qui contribue en premier lieu à la nutrition et à l'équilibre alimentaire de notre population. De ce fait, le prix des moutons (et des autres animaux domestiques), le prix du kilogramme de la viande et le prix du lait frais doivent être fixés par l'Etat à un niveau à la portée de toutes les bourses et demeurer sous son contrôle. On voit combien les prix de ces denrées sensibles grimpent actuellement sur nos marchés. L'introduction de la libéralisation économique et commerciale dans le secteur doit rester au niveau des manufactures de production industrielle (viande et lait) et de valorisation des produits dérivés de cet élevage.

           - Plaidoyer pour un élevage intensif, plus adapté à l’environnement. En vérité, l’exploitation insouciante de notre environnement naturel depuis le temps colonial, surtout la pratique d’un élevage extensif, rongeant de manière excessive les pâturages, a engendré progressivement la dégradation du sol et installé la sécheresse. On sait que cette dernière est arrivée sur une nature déjà affaiblie par les agressions d’un cheptel extensif, sans compter l’action des hommes et des femmes qui coupent abusivement les arbres, et les brûlent pour en faire du charbon.

                      Mohamed Ould Snih