Mauritanie : Le coup de soleil par Pr Ely Mustapha

ven, 02/19/2021 - 11:42

32 pages ! 32 pages, d’une publicité qui a coûté cher au Trésor Public mauritanien, aux frais du contribuable. Sinon, aux frais d’un bienfaiteur qui le fera payer autrement plus cher au Trésor public.

32 pages ! Mais que s’est-il donc passé pour que le régime mauritanien, se fasse tant de publicité, dans un quotidien d’un pays voisin ?

Que veut démonter le régime mauritanien aux sénégalais, et à nos déportés forcés qui y séjournent qu’ils ne connaissent pas de la Mauritanie ?

32 pages ! Une pléiade de ministres, de bureaucrates de commerçants qui se succèdent, et qui dans une logorrhée assourdissante tient à prouver une seule et même chose : « tout est pour le mieux depuis que Ghazouani est au pouvoir »

32 pages ! Qui ressemblent étrangement à une plaidoirie d’un régime sur la défensive, qui cherche à faire croire au monde » que ce qu’on lui reproche n’est pas vrai. Et cela par un étalage d’affirmations de responsables qui ressemblent étrangement à une déclaration sur l’honneur.

32 pages ! Pour prouver quoi ? Que le Sénégal attire même la publicité du gouvernement mauritanien dans ses journaux et que sa presse en bénéficie, alors que ce gouvernement est incapable d’avoir une agence de presse digne de ce nom, qui rehausserait son image. Une image qu’il est obligé d’aller faire reluire chez son voisin.

32 pages ! Pour démontrer que le Sénégal est bien plus développé que la Mauritanie, jusque dans les performances de ses rotatives de presse.

32 pages ! Pour dire que la Mauritanie et le Sénégal sont des « pays parents ». Ils étaient déjà pays-frères, sommes-nous montés dans un degré plus élevé de consanguinité ? Chercher dans la génétique, les errements d’une politique de voisinage, n’est-ce pas vouloir faire de la géopolitique dans une éprouvette ?

32 pages ! Tout en couleur, pour dissimuler la morosité politique d’un pays, où l’opposition n’en est pas une, où le Président de la République est invisible, où les ministres ne gèrent que le clanisme, le tribalisme et les budgets incontrôlés, où la corruption gangrène le système et où les délinquants en cols blancs gèrent encore, par nomination, les intérêts de l’Etat et des entreprises publiques.

32 Pages ! Titre « Mauritanie nouvelle » ! Et tous les lecteurs se sont posés la question : « de quelle nouveauté s’agit-il » ? ! En une année, et poussières de mois, au pouvoir, vouloir « jeter des regards appuyés sur le pays et l’œuvre du Président Mohamed ould Ghazouani » (dixit le journal), pour chercher à démontrer l’indémontrable, c’est vouloir trouver une raison à la publicité, en supplément.

32 pages !  Où le ministre des finances voudrait prendre les sénégalais pour des idiots (le pouvoir d’achat des mauritaniens ne leur permettent pas d’acheter les journaux) en déclamant : « Comment le Président Ghazouani a tiré son pays de l’impasse ».  Laquelle pourrait-on lui rétorquer ? Sociale, elle est encore pire (les prix flambent), économique davantage (médiocres performances au 1er janvier 2021) et cela malgré les milliards de dollars que le régime a reçu depuis son arrivée au pouvoir et qui ne se comptabilisent plus. L’impasse,  ce n’est pas le pays, c’est ceux qui le gèrent et qui constituent tout frein à son développement. Un développement que le Sénégal a fièrement commencé en misant sur ces ressources humaines et ses compétences et non point sur des bureaucrates qui cirent, en supplément publicitaire, les pompes d’un pouvoir .

32 pages ! Où un ministre de l’Education nationale insulte l’hospitalité sénégalaise du savoir et de la recherche en déclamant que la « réforme de l’Education en Mauritanie est un projet ambitieux et novateur » ! Comme s’il fallait prendre les lecteurs du Soleil pour des truffes. Même si ce dernier a trouvé dans cette manne publicitaire des truffes. Le système éducatif mauritanien est des plus médiocres et il l’est resté, de supposées réformes en réformes supposées, toutes aussi catastrophiques les unes que les autres.

32 pages !  De publicité…Mais si à tous ces ministres et autres gentes du pouvoir, il ne peut être reprochés, de faire la publicité du chef du moment, que vient faire Ahmadou ould Abdallah, dans cette galère ?

Que vient faire cet ancien diplomate, homme discret, connu pour sa sagesse et sa droiture dans un espace publicitaire ?

Appel du pied au pouvoir ? Devoir de contribution à rehausser l’image du pays ? Toujours est-il que c’est une voix dissonante dans la cacophonie de ce supplément publicitaire. Et que fut la contribution de ould Abdallah ? Il affirme que « le président Ghazouani est parmi ceux qui ont compris qu’un pays ne peut pas déménager… ».  Il aura fallu de tout pour que le Soleil fasse son supplément. Après l’invocation des lois de la génétique et de l’hérédité, pour expliquer la géopolitique (« pays parents ») voilà que les lois de la physique sont appliquées à la perception des dirigeants (« un pays ne peut pas déménager »). Outre que Ghazouani n’a cure de la dérive des continents, il ne comprendrait probablement pas les conseils d’Ahmadou, sur la valeur des ressources humaines pour le développement du pays.

Mais où se trouve véritablement l’économie de toute cette publicité? La présentation même du supplément le montre bien.  A la première page,  le meilleur espace, le médaillon de droite, est réservé à ould Bouamatou, bien haut au-dessus de l’image du Président de la république, et qui déclare : « nous sommes rassurés, dormons en confiance » !.   Etonnant dans un pays qui dort, y compris sa gouvernance, de demander de dormir davantage. Si c’est cela qui est rassurant alors, le supplément sénégalais est un appel à continuer la somnolence du pays. Fallait-il pour cela une publicité si chère payée ?

Mais l’on comprend que la présence de Ould Bouamatou, en bonne place dans ce supplément est bien significative de ce qu’est devenu le paysage politique mauritanien dans ses rapports de force et son déploiement. Si ce supplément nous apprend quelque chose c’est bien cela. Une revanche publicisée de cet homme d’affaire sur un régime qui l’avait exclu et exilé.

Quant au reste, ce ne sont que des commis de l’Etat qui, cahin-caha,  essaient d’apporter de l’eau au moulin d’un supplément qui clame une parentèle là où elle n’a pas besoin d’être trouvée.

32 pages ! En définitive, que nous enseignent-t-elle ? Ce qu’elles nous enseignent le voici :

-        Nos dirigeants vont dans les pages publicitaires des journaux au Sénégal pour se faire reconnaitre, d’où la force de presse de ce pays qui attire l’investissement.

-        Nos dirigeants à défaut d’avoir une publicité crédible dans nos journaux nationaux vont la chercher dans le voisinage.

-        Nos dirigeants dépensent sans compter pour leur image alors que celle de leur pays est des plus ternes et leur peuple crève la misère

-        Nos dirigeants, ne se soucient plus que de leur pérennité en cherchant leurs partenaires à l’extérieur des frontières et que le peuple ne comptant plus, n’est plus ni leur but ni leur objectif.

 

-        Nos dirigeants, comme pour leurs soins, ne faisant pas confiance au système morbide de santé national, vont redorer leur image auprès d’une presse moins mortifère que la presse officielle.

 

-        Nos dirigeants ayant donné ce bon exemple, les mauritaniens fuyant déjà le médiocre système sanitaire de leur pays pour se soigner au Sénégal, ne devront désormais plus lire, pour leur crédibilité, que les journaux sénégalais.

 

-        Nos dirigeants reconnaissent haut-et-fort que le Sénégal à bonne presse, que la leur n’en est pas une.

 

-        Nos dirigeants reconnaissent que le Sénégal est un voisin géographique proche mais qui s’éloigne rapidement de la Mauritanie par son rythme de développement (voir mon article « Vive le Sénégal » ici : https://www.cridem.org/C_Info.php?article=738381)

 

Enfin, recourir  à un journal national d’un pays frontalier qui connait tout,  absolument tout, de ce qu’est la Mauritanie, et de ce qui s’y passe pour y faire une publicité vantant un développement qui n’existe pas, une bonne gouvernance chimérique, un avenir incertain  et un futur au gaz, est absolument l’un des symptômes les plus  dramatiques du sous-développement…à moins qu’à force de vouloir avoir une place au soleil dans le concert des nations, l’Etat mauritanien après tous les coups déjà reçus ait aussi attrapé…un coup de Soleil.

 

Pr ELY Mustapha

Source : https://haut-et-fort.blogspot